vendredi , 22 mars 2019

Pourquoi Appgratis s’est-il fait bannir de l’App store?

C’est tombé aujourd’hui ou plus précisément la nuit dernière à une heure du matin, Apple a sorti de son store l’application d’Appgratis. Pour ceux qui ne connaissent pas, Appgratis est un service de recommandations d’applis qui a connu une croissance fulgurante et a un nombre incalculables de copies de par le monde. Même si notre champion français s’est inspiré d’un américain, à savoir FreeAppAday, il faut bien constater que l’élève a dépassé le maitre. Le nombre de copycat d’Appgratis de par le monde est en soi une marque de son succès et peut être source de fierté pour notre scène française. Je vous propose tout d’abord un petit retour en arrière sur la start-up avant d’aborder ce séisme concernant son retrait de l’Apple Store.

Les débuts et le concept d’Appgratis :

La start-up a été créée par Simon Dawlat en 2008 (c’est à dire quelques mois seulement après le lancement de l’apple store en France) avec la base line « une appli moche mais des bons plans sympas ». Il était question au départ d’un simple blog www.applicationiphone.com qui a une audience aujourd’hui d’environ 300 000 visiteurs uniques. Le site est un site d’actus sur les nouvelles applis et fait part de ses coups de coeur. Comme tout média éditorial, il a établi une relation de confiance avec son lectorat qui lui fait confiance. Le pouvoir de recommandations grandit avec la qualité et la régularité d’une curation faite aux petits oignons. Le site était affilié iTunes via la platefome Tradedoubler, ca veut dire qu’elle touchait de l’argent pour les clients envoyé vers iTunes. Si l’appli promue est gratuite, elle touche quand meme de l’argent si le visiteur réalise un achat dans les 72 heures. Les conditions du programme d’affiliation officiel parle de 4%.

appgratis, simon dawlat

Comme tout media, une fois que le lectorat a un certain volume et que la confiance est là, il est alors possible de vendre l’accès à cette audience. Il y a plusieurs modèles possibles dans les médias :

  • la publicité mise à côté du contenu : le lecteur identifie bien ce qui relève de l’information et ce qui relève d’une publicité pour un produit
  • le publi-rédactionnel : le média fait la promotion d’un service en explicitant clairement qu’il a été payé pour cela
  • le sponsoring : la marque offre un contenu tiers

Appgratis n’indique pas clairement si l’appli mise en avant pas son équipe éditoriale est en fait une opération publicitaire payée par un annonceur (ndrl : merci à Thomas qui m’a fait remarquer qu’une mention (discrète) a fait son apparition depuis quelques semaines). Par contre, avec l’audience vient aussi la force de négociation et Appgratis arrive à négocier avec les développeurs d’applications de passer de payant à gratuit. A priori, le cercle est vertueux, d’un côté le développeur acquiert une nouvelle audience, de l’autre Appgratis apporte un service et un bon plan à sa propre audience, renforçant ainsi la confiance et la qualité perçue. C’est un vrai modèle win win. Une des clés du succés est la proximité, le ton décalé et une grande attention sur la qualité des applications mises en avant. Les leviers sont le site web, la base d’emailing et les push notifications envoyés aux porteurs de l’appli. La marque Appgratis s’est construite ainsi, et la marque est forte aujourd’hui en France mais aussi à l’international. En effet c’est :

  • 40 personnes à Paris dont 20 sur l’éditorial
  • 6 000 développeurs partenaires
  • 30 pays et 12 langues
  • 12 millions d’utilisateurs
  • 100 000 nouveaux utilisateurs par jour
  • 100 millions d’installations réalisées par an (non incentivées)

Le bannissement

Alors que la start-up est en pleine croissance, elle connait là un revers sérieux qui met son avenir en péril. Les bonnes nouvelles étaient pourtant là dernièrement :

  • La start-up venait de lever 10 millions d’euros début janvier 2013 auprès d’Iris Capital
  • Le blog officiel avait annoncé récemment le cap des 10 millions d’utilisateurs
  • Le cap du million d’installations réalisées lors d’une opération de mise en avant, c »est à dire sur une journée, impressionnant et massif, le graal pour tout développeur.
  • L’ouverture des bureaux à NY et San Francisco, en plus de Barcelone et de São Paulo.
  • La volonté est de renforcer la R&D en 2013 avec de la personnalisation sur la recommandation d’appli

L’interview du jeune fondateur, Simon Dawlat, à BFM Business :

Alors pourquoi Apple vient de bannir cette application (source : pocketgamer.biz)? Apple s’était déjà exprimée ces derniers temps sur le fait que la société n’appréciait pas les applications qui voulaient se substituer à elle, c’est-à-dire en distribuant des apps. Elle avait clairement averti les développeurs que toute app faisant la promotion d’une autre app serait rejetée, la désormais fameuse close 2.25. Le réseau Tapjoy a eu chaud en 2012 et avait finalement trouvé la solution en renvoyant son offerwall vers un site mobile Tapjoy qui lui renvoyait dans un 2nd temps vers l’Apple store pour aller télécharger l’app promue. Il y a désormais plus de 800 000 app dans le Store et malgré une volonté d’Apple d’organiser sont store, il faut bien avouer qu’il devient difficile de trouver l’application que l’on cherche, beaucoup de start-up se sont lancées pour résoudre ce problème avec des propositions différentes, dont Appgratis, mais aussi Appsfire, Appturbo, Magisolver, FreeAppAday, Chomp qu’Apple a finalement rachetée, et bien d’autres encore, il s’en lance toutes les semaines. Je renvoie les lecteurs à cet article sur la promotion des applications mobiles. Fin décembre, Apple a banni Appshopper, une discovery app importante qui recensait les baisses de prix des applications. (ndrl : il semblerait que la clause 12.1 soit également rentrée en ligne de compte pour ce cas précis, l’utilisation de données d’iTunes pour la réalisation de ranking)

Plusieurs raisons pour expliquer ce comportement :

  • Apple veut rester maître de son store, garder ses users et être le seul interlocuteur des développeurs,
  • Apple ne voit pas d’un bon oeil la mécanique de rendre une appli payante, gratuite, un manque à gagner qui peut être important quand on livre 1M d’install ! Même si derrière, c’est bien l’intérêt d’Apple de diffuser le plus possible d’applications qui désormais majoritairement utilisent de l’in-app purchase et donc génèrent des revenus in fine.
  • Apple veut montrer au marché qu’il n’a qu’à lever le petit doigt pour tuer.

La relation ambigüe d’Apple avec les discovery app est clairement identique à celle que Google a avec les experts du SEO.  Aider les sites web à mieux coder leur site pour être Google friendly oui, mais tricher avec son algorithme non. Malgré tout, on voit bien qu’Apple a besoin de ces sociétés qui aident les mobinautes à trouver les applications qu’ils aiment. On parle souvent d’éco-système dans le digital, Google arrive malgré tout à s’ouvrir et à collaborer avec des tiers, le premier exemple étant le système d’exploitation Android. Apple par contre est plutôt connu pour être un système fermé. Est-ce que ce manque d’ouverture est un signe de raidissement, une simple habitude culturelle de l’entreprise? Alors qu’Android poursuit sa course pour dominer le monde des smartphones, Apple aurait tout intérêt à trouver des alliés et à tout faire pour garder sa communauté.

Pour finir, espérons pour notre jeune pousse française que cela soit provisoire, un simple rapport de force, et que l’appli Appgratis reviendra dans l’app Store d’Apple.

Vincent

 

A propos de Vincent Tessier

Vincent Tessier
VP Demand Partnerships chez adsquare, Audience Management Platform pour mobile. Diplômé de l'ISC Paris et du MBA MCI de l'ILV. Co-fondateur des afterworks MobileDrinks.fr et co-organisateur des conférences AppDays 2015.

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10 commentaires

  1. Bonjour,

    J’ai vu passer votre article sur twitter et j’aurai aimé apporté quelques précisions.

    En premier lieu, je ne suis pas certains que la disparition d’appgratis fait suite à une décision d’Apple (nouvelle version à venir pour nouvelle acquisition ? MAJ en cours ?). Plus étonnant encore, sur appshopper je constate qu’appgratis a eu une nouvelle app iPad validée pas plus tard que le 4 avril.

    De plus, s’il s’agit bien d’une décision d’Apple, est-ce que c’est réellement lié à leur fonction de discovery apps ? C’est étonnant car aucune autre application du même type a été éjectée du store et même pas FreeAppAday qui est précurseur dans le domaine et très connu aux US… D’ailleurs contrairement à ce qui est évoqué dans votre article, AppGratis a repris la formule de FreeAppAday et non l’inverse.

    Egalement, Appgratis indiquait depuis quelques semaines si une app mise en avant était sponsorisée ou non (discrètement cependant…).

    Appshopper s’est fait éjecter, mais pas nécessairement vis à vis de la clause citée, mais plus certainement à cause de celle-ci :

    12.1 Applications that scrape any information from Apple sites (for example from apple.com, iTunes Store, App Store, iTunes Connect, Apple Developer Programs, etc) or create rankings using content from Apple sites and services will be rejected

    Concernant la notion de manque à gagner, celle-ci est erronée, appgratis ne relayait plus que très rarement des gratuités temporaires (qui n’ont que peu d’intérêts financiers pour les développeurs), mais misait plus souvent sur un achat in-app offert dans les applications freemiums.
    Il faut bien comprendre que si les éditeurs utilisent de tels leviers, c’est qu’ils sont gagnants au final donc logiquement Apple également…

    Pour conclure, je souhaite sincèrement pour le marché dans sa globalité qu’AppGratis n’a pas été éjecté par Apple. Si c’est cependant le cas, j’espère que ce n’est pas pour les raisons que l’on croit…

  2. Vincent Tessier

    Bonjour Thomas,

    Merci de ces précisions.
    Je suis d’accord, comme avec beaucoup d’innovations, on attribue pas toujours les innovations à leurs vrais fondateurs. En effet, Appgratis a répliqué le modèle de FreeAppAday. Mais étant le plus connu en Europe et surtout ayant amené il me semble le modèle plus loin et plus haut…je rectifie néanmoins l’information dans le billet.

    Sur le fait que cela soit volontaire…why not, mais je vois pas quel développeur enlèverai son app du store, surtout en pleine phase de conquête d’acquisition, ce qui est le cas d’Appgratis.

    Merci pour la précision concernant l’information claire si l’app est sponsorisé ou pas, cela m’a échappé.
    Sur Appshopper, en effet le service est sensiblement différent et cette clause a pu rentrer en ligne de compte, néanmoins, cela ne me semble pas étranger et le cas Tapjoy renforce cette idée.

    Souhaitons en effet que cela soit provisoire, ou même du fait d’Appgratis et que la distribution de ce service apprécié par bon nombre d’utilisateurs puissent se poursuivre.

  3. Alors autant l’article est à peu près intéressant sur le fond, autant sur la forme, entre les tournures approximatives et les fautes d’orthographe en tous genre, c’est presque un supplice d’arriver au bout.

    Vraiment dommage.

  4. la société n’a pas encore réagit. Donc si l’app avait été retirée par eux on le saurait déja

    Quant à la décision d’apple, personne ne sait. C’est peut être parce que dernièrement les apps n’étaient pas payantes ou parce qu’ils faussaient les rankings…personne ne sait..

    et Thomas a raison c’est FreeAppaday qui a inventé le concept qui a été copié ensuite…

  5. Vincent Tessier

    @amandine, merci de ton commentaire. en effet la publication en pleine nuit sans relecture est souvent fatale. J’ai fais une repasse aujourd’hui donc le billet est désormais plus présentable!

    Merci tout de même pour le « à peu près intéressant », c’est déjà ça!

  6. Dépendre à 100% d’un acteur pour vivre au secours, j’ai donné avec Google pendant 13 ans en SEO, c’est moins malin de la part des investisseurs au regard du montant levé, souhaitons que Appgratis puisse revenir.

  7. Bonjour, étant éditeur d’apps et ayant travaillé avec appgratis pour une mise en avant, j’apporte une petite précision :
    Appgratis ne pousse pas les éditeurs à faire du gratis quand ils ont une app payante. On peut rester sur un modèle de price drop à -80%, et dans ce cas là Appgratis se rémunère également grâce aux éditeurs (forfait+ sharing revenue). C’est également ce point là qui dérange Apple.

  8. Merci pour les corrections, c’est déjà bien mieux et ça rend l’article plus sérieux! Je peux le partager sans avoir honte maintenant… :p

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